Lili à Morlaix
Là encore, il était temps que je me mette à écrire cet article car, depuis bientôt 4 ans, je me rends à Morlaix tous les mois pour mon travail. Alors ce petit coin du Finistère Nord, je le découvre par bribes à chaque fois que mon agenda de réunions me laisse un peu de temps libre.
Et j'avoue qu'au début, en tant que bonne Marseillaise d'origine, je n'avais pas une bonne image de la Bretagne. J'imaginais qu'il pleuvait tout le temps, que le ciel n'était jamais bleu, qu'il faisait froid, que les gens étaient tristes... Bref, rien de bien engageant. Mais tout cela est faux! La Bretagne est tout l'inverse! Alors est-ce lié à mes origines et aux légendes urbaines sur le nord que j'avais cette appréhension de venir en terre barbare? Peut-être... Mais je pense surtout que personne ne tente de casser cette image de la Bretagne pour mieux la préserver des envahisseurs : les touristes ! Futé!
Je vous emmène donc en toute discrétion à la rencontre de ce petit bout de France mais chut!
MORLAIX
Morlaix est installée au confluent de 2 rivières : le Jarlot et le Queffleuth qui forment le Dossen (ou rivière de Morlaix). Encaissée dans la vallée, Morlaix est une sorte d'entonnoir, ce qui explique les deux ouvrages d'art qui marquent le paysage de la ville, le viaduc ferroviaire, construit en 1861 pour permettre le passage de la ligne ferroviaire Paris-Brest et celui de la route nationale 12, une voie express, dans la seconde moitié du XXe siècle.
Son histoire remonte au IVe siècle avant J.-C (époque à laquelle les hommes construisirent des cairns comme celui de Barnenez) mais c'est au Moyen-Age que la ville se développe. Ses habitants vivent alors principalement des activités liées à la pêche.
En 1522, Morlaix connait sa plus grosse attaque : une flotte anglaise de 60 navires met à feu et à sang la ville en 1 nuit. Le lendemain, prévenus par les habitants en fuite, les soldats de Guy XVI de Laval arrivent sur les lieux afin d'en chasser l'ennemi. Par chance, les anglais ayant découvert des victuailles et de nombreux fûts de vins, avaient alors fêté la victoire toute la nuit et dormaient, complètement souls. Les Français massacrèrent alors sans difficultés tous les Anglais qu'ils trouvèrent. C'est à la suite de cet événement tragique que la construction du Château du Taureau en baie de Morlaix est décidée en
Mais l'histoire de Morlaix est avant tout intimement liée au commerce du lin. En effet, à partir de la fin de la guerre de Cent ans (vers 1480), le commerce des crées (toiles de lin) du Léon explose grâce aux marins qui, en plus de transporter le sel et le vin, livraient des pièces de toile, vers les Flandres, puis l'Angleterre. Il atteindra un pic vers 1687 avant de décliner jusqu'à la fin du XVIIIème siècle. L'architecture de la ville témoigne de ce glorieux passé.
Morlaix est une jolie petite ville de Bretagne que l'on prend plaisir à visiter à travers ses ruelles pittoresques et ses venelles escarpées où se cachent les trésors de la cité médiévale.
Suivez le guide !
Un des bâtiments les plus emblématiques de Morlaix est la maison à pondalez ou à "Ponts d'allée". Cette maison à pans de bois du XVIe siècle n'existe qu'à Morlaix !!! (entrée 3€ par personne)
Elles se composent d'un grand rectangle divisé en trois parties :
* un corps de bâtiment sur rue dont le rez-de-chaussée sert de commerce, avec une façade en encorbellement ;
* un autre sur le jardin ou le rempart, avec une façade de même type donnant sur l'extérieur et,
* entre les deux, un espace composé d'un escalier couvert. Éclairé par le toit, il constitue ce qu'on appelle la lanterne, lieu privilégié de la maison où sont traitées les affaires importantes, où se tient la famille et où se trouvent les beaux meubles, les tapisseries et la vaisselle d'argent. L'acte le plus ancien concernant cette maison date probablement de 1644 et spécifie qu'elle se trouve alors dans la ville close.
Une autre maison à pondalez remarquable est la Maison dite de la Duchesse Anne. Malgré son nom plus qu'évocateur, rien ne prouve un éventuel passage de la reine Anne de Bretagne dans cette demeure... mais la légende populaire, elle, perdure.
On peut la visiter (2€ par personne) mais ses horaires sont très restreints, mieux vaut donc se renseigner avant de venir : http://www.mda-morlaix.com/
Personnellement, je n'ai pas encore réussi à la visiter en 3 ans... Alors je me contente de sa façade à colombages et de son petit air penché ;-)
N'hésitez pas à déambuler dans les rues du centre-ville car Morlaix regorge de belles demeures à colombages ou à pans d'ardoises.
S'il y a bien un monument immanquable à Morlaix, c'est bien sûr le viaduc ferroviaire! Quelque soit l'endroit où l'on se trouve dans Morlaix, sa silhouette majestueuse (58m de haut pour 292m de long) se détache toujours du panorama. Et pourtant, les anglais ont réussi à le manquer lors des bombardements massifs de la seconde guerre mondiale....
Aux pieds du viaduc, se dresse l'église Saint Mélaine. De style gothique flamboyant elle fut achevée en 1516.
Un peu plus loin, au bord du Dossen, se trouve l'ancienne Manufacture des Tabacs. Pendant plus de 250 ans, elle a été le moteur économique de Morlaix. Mais site de production au début des années 2000. Pour éviter que ce quartier central de la ville ne se transforme en friche industrielle, la CCI a racheté le site en 2001 pour y installer bureaux, parkings et autres.
Côté table, Morlaix n'est pas en reste de bons petits restaurants. J'ai pu en tester un certain nombreux depuis ces 3 dernières années et voici mes préférés :
* Le Tempo : un café qui propose de nombreuses tartes salées et des spécialités bretonnes à la carte (comme le Kig Ha Farz, sorte de pot au feu breton). Copieux et pas très cher. Une véritable institution à Morlaix.
* L'Atipik Bilig : une crêperie installée dans une belle maison à pondalez.
* L'Embellie : une brasserie tenue par un sacré bon vivant.
* Opera e pupi : un tout petit restaurant italien.
* Hotel Fontaine : restaurant réservé aux clients de l'hôtel. Repas simple, bon, copieux et plus qu'abordable.
* Le café du port au Dourduff-en-Mer (à quelques kilomètres du centre de Morlaix) : un agréable restaurant en bord de mer ou l'on peut manger du poisson et des moules.
Qui dit Bretagne, dit aussi kouign amann, le fameux gâteau 100% beurre !!! Et le meilleur endroit, selon moi, pour en acheter est la pâtisserie Traon à Morlaix. Une pure merveille ! Ils vendent aussi du caramel au beurre salé à tomber par terre.... bref, si vous êtes au régime, surtout changez de trottoir !
Quittons un peu Morlaix pour aller visiter les alentours.
Direction le Nord. On longe le Dossen qui, suivant les heures et donc les marées, est totalement différent. Je trouve ce phénomène incroyable, en quelques heures seulement, la mer peut totalement se retirer, comme si un magicien s'était amusé à la faire disparaitre, laissant les bateaux échoués dans la vase.
Au niveau du Dourduff-en-Mer, nous débouchons sur la rade de Morlaix.
La baie de Morlaix et ses panoramas fantastiques n'est plus très loin....
La baie de Morlaix
La baie de Morlaix est une vaste échancrure dans la côte nord du Finistère, entre le Léon et le Trégor, dans laquelle aboutissent la rivière de Morlaix et la Penzé.
Juste en face, au large de Carantec, se trouvent l'île Louët et le Château du Taureau.
L'île Louët compte 4 bâtiments : le phare, une maison et deux dépendances.
La maison est un gîte géré par l’office de tourisme de Carantec (http://www.tourisme-morlaix.
Le phare, quant à lui, fut construit en 1857. Ayant pour objectif de sécuriser l’accès des navires au port de Morlaix par son éclairage permanent, il fut habité par plusieurs gardiens et leur famille, qui se sont succédés jusque dans les années 60, époque de l’automatisation du phare.
Le Château du Taureau, construit au XVIème siècle, fut reconstruit par Vauban au XVIIIème siècle. Il a tour à tour assumé des fonctions de défense, de prison, de résidence secondaire puis d'école de voile avant d'être abandonné au début des années 1980. En 2006, la CCI de Morlaix décide de l'ouvrir aux touristes d'avril à septembre (14€ par personne) http://www.chateaudutaureau.
Le capitaine, avec beaucoup d'humour, nous raconte quelques légendes sur la baie dont celle du dragon de Saint Karanteg qui terrorisait les habitants de la baie au VIIème siècle. St Karanteg l'aurait alors saisi par la queue et jeté sur un rocher qui se serait fendu en 2 sous la force du choc. Il fait aujourd'hui le bonheur des oiseaux.
Il faut savoir que la Baie de Morlaix est aujourd’hui devenue un sanctuaire de vie sauvage et une réserve ornithologique protégés par l’association Bretagne Vivante. Chaque printemps, de nombreuses espèces d’oiseaux marins viennent nicher sur les magnifiques îlots de la baie : Vezoul, Ricard et l’île aux Dames entre autres… On y compte pas moins de 60 000 spécimens de 60 espèces différentes, et aujourd'hui c'est mon jour de chance car des ornithologues organisent une matinée découverte au Château du Taureau.
Nous longeons l'Ile Louët, le Château apparait enfin. C'est superbe!
Il est 10h15, nous débarquons. Nous avons 1h devant nous pour visiter le Château avant que le Cormoran ne lève l'ancre. Nous sommes prévenus!
Je pars donc sans attendre à la découverte de ce lieu magique.
Je profite de la présence des ornithologues et de leurs longues vues pour observer quelques espèces d'oiseaux comme les cormorans ou encore les goelands.
Malheureusement le temps passe bien trop vite et il est déjà l'heure de regagner le bateau et la plage du Kelenn.
Aurevoir le Château!
En continuant de longer les côtes du Trégor, un peu avant d'arriver sur Plougasnou, se trouvent la Plage du Guerzit et les pointes d'Annalouesten, du Diden et de Primel. Ici, la nature offre un paysage sublime et sauvage, été comme hiver.
J'aime bien aller m'aérer sur l'une de ces pointes après des heures passées enfermée dans une salle de réunion. L'air iodé me ressource.
La Côte de Granite Rose
Cette particularité géologique s'entend sur 10km, de Trébeurden à Perros-Guirec. Il faut savoir qu'il n'existe que 3 côtes de granite rose dans le monde, une ici en Bretagne, une en Corse et une en Chine.
D'ailleurs, l’un des plus emblématiques sentiers de Grande Randonnée français, Le GR34, ou "sentier des Douaniers" longe sur plus de 1 800 km l'ensemble des côtes bretonnes, dont la côte de granite rose.
Cela faisait longtemps que je rêvais d'aller la voir. Malheureusement pour moi, le jour où pour la 1ère fois j'ai pu avoir suffisamment de temps devant moi pour m'y rendre, la météo n'était pas de la partie. Il y avait tempête ! Je n'ai pas pu me balader et prendre le temps de découvrir cette côte envoûtante. Mais c'était déjà magique.
Il fallait donc que je retente ma chance. Quelques mois plus tard, la météo était rêvée : soleil et ciel azur au rendez-vous. C'est encore plus beau! Mais plus fréquenté aussi...
Lors de ma 1ère visite en Pays Trégor, je n'avais pas réussi à trouver Castel Meur. Et passer à côté de la maison la plus photographiée de Bretagne ce n'était pas envisageable pour moi!
Donc en cette si belle journée printanière, cap sur Plougrescant pour voir cette fameuse maison. Et je ne vais pas être déçue, le site est fantastique!!! La mer est transparente comme dans les calanques de chez moi, incroyable! Je n'en reviens pas. Bref, l'endroit est à couper le souffle! Je comprends mieux l'engouement général et mondial pour ce tout petit coin de Bretagne.
Il faut savoir que cette petite maison, blottie entre 2 énormes blocs de granit et tournant le dos à la mer, a été construite en 1861. Son nom "Castel Meur" signifie "Grand Château", preuve que ses propriétaires ne manquaient alors pas d'humour! Malheureusement, victime de son succès et face à l'incivisme des touristes dont certains ont même poussé le vice jusqu'à monter sur le toit pour se faire photographier, les descendants du propriétaire de Castel Meur ont fini par perdre le sens de l'humour. Et il y avait de quoi! Après une action en justice, ils obtiendront gain de cause en interdisant toute représentation à des fins commerciales, préservant ainsi leurs droits et leur propriété.
Il existe une autre curiosité à Plougrescant : la Chapelle Saint Gonéry. Ce n'est ni un effet d'optique, ni une distorsion de l'objectif, ni l'abus de chouchen qui vous font voir le clocher pencher. Il est bel et bien tordu! L'histoire raconte que, lors de sa construction au XIIème siècle, cette chapelle ne possédait pas de flèche sur le clocher. Mais plusieurs siècles plus tard, en 1612, on décide d'embellir la chapelle en ajoutant une superbe flèche de plomb. Malheureusement, le socle qui n’était pas assez solide céda sous le poids et s’inclina d’un côté, la flèche de l’autre. De nombreux travaux de consolidation de la charpente ont été réalisés mais la flèche n'a jamais été redressée. Pour notre plus grand plaisir ;-)
Il parait que l'intérieur de la chapelle est remarquable mais elle était fermée pour travaux quand je suis passée. Ce n'est que partie remise encore une fois ;-)
Revenons en Finistère, dans la Baie de Morlaix.
A la pointe du promontoire qui ferme à l'ouest la Baie de Morlaix se trouve Roscoff. Ancien havre de corsaires, elle est aujourd'hui une station balnéaire réputée qui a su conservé son patrimoine architectural des XVIe et XVIIe siècles.
On accède à Roscoff depuis Morlaix en traversant la commune de Saint Pol de Léon et l'une des plus grandes zones maraîchères de France (appelée la "ceinture dorée").
Ici, 1100 exploitations agricoles produisent par an pas moins de 110 millions de têtes de choux fleurs, 35 000 t d'artichauts, autant d'échalotes et de tomates, 15 000 d'endives et autant de brocolis, 10 000 t de pommes de terre primeurs et 5 000 t d'oignons rosés... Bref, un vrai grenier à ciel ouvert!
Je sais à quoi ressemblent les champs de choux fleurs, oignons, pommes de terre et autres mais je n'avais encore jamais vu un champ d'artichauts et j'ai trouvé ça très beau! C'est mon petit côté paysan qui parle là !
Une autre petite merveille se cache sur les terres de Saint Pol de Léon : la chapelle Saint Charles Borromée, au lieu-dit Kérigou.
La Côte des Légendes
En poursuivant la route du littoral, cap à l'ouest, on longe la Côte des Légendes. Sous mes yeux défilent alors des plages dignes des Seychelles (la chaleur en moins!). C'est vraiment superbe!
C'est là, blotti dans ce petit coin de paradis, que se cache le village de Meneham. Construit à la fin du XVIIIème siècle pour surveiller la côte, il abrita tour à tour des militaires, des douaniers puis des paysans-pêcheurs-géomoniers (spécialistes de la récolte des algues). La rudesse de la vie sur cette côte déchiquetée par le vent et la mer aura raison du village. Déserté dans les années 1950, Meneham tombe peu à peu en ruines jusqu'à ce qu'en 2004, la commune de Kerlouan lance une grande campagne de rénovation. Aujourd'hui, le village se visite librement.
Doucement la Côte des Légendes cède la place au Pays des Abers. La vase remplace le sable blanc et la végétation les rochers. Le panarama change totalement.
La pointe bretonne
En poursuivant le long de la côte en direction du Conquet, on croise de superbes criques et plages. Ma préférence va à la Plage des Blancs Sablons, immense étendue (2.5km) de sable fin.
Arrivée au Conquet, réputé comme port crabier, je suis à la pointe de la Bretagne, c'est même la commune la plus occidentale de la France continentale! C'est peu dire!
Je prend ma dose d'air iodée sur le port en observant le retour des pêcheurs au petit matin. Paysage de carte postale.
Ce château, construit en 1545 par la famille Barbier, est conçu pour être un lieu de réception et d'agrément mais il n'en demeure pas moins une forteresse comme en témoignent encore ses remparts et ponts-levis.
Le Château de Kerjean sera racheté par l'Etat en 1911, classé aux Monuments Historiques et convertit en musée (entrée 6.50€ par personne).
Une très belle visite qui ne prend pas plus de 2h.
Les enclos paroissiaux
En continuant un peu plus au sud, nous arrivons à Saint Thégonnec, connue elle aussi pour son enclos paroissial majestueux. Sa construction s'étale de 1520 à 1667 environ, financée en grande partie par les dividendes de la culture du lin et du chanvre dans la région.
Huelgoat
Plus au Sud, vers les Monts d'Arrée, se trouve la ville de Huelgoat et son incroyable chaos basaltique qui jalonne la rivière d'Argent. Ces énormes blocs rocheux se seraient formés dans les profondeurs de la Terre, sous forme de masses liquides en fusion et se seraient rapprochés de la croûte terrestre. L'érosion les aurait au fil du temps découvertes. Mais la légende dit que ce chaos serait l'oeuvre de Gargantua qui se serait vengé du maigre repas que lui avaient offert les habitants de Huelgoat en lançant, depuis le Léon (nord du Finistère) d'énormes galets polis par la mer.
En tout cas quelle que soit l'origine de cette particularité géologique, le Chaos de Huelgoat est envoûtant.
Comme vous avez pu le constater, il me reste encore de nombreux trésors à découvrir dans la région de Morlaix. Sur ma wishlist figurent donc la Maison dite de la Duchesse Anne, l'Ile de Batz, les 7 îles au large de Perros-Guirec, l'île de Bréhat...
Je n'arriverai clairement pas à voir toutes ces merveilles lors de mes déplacements professionels, ça fera donc une bonne idée de destination vacances pour plus tard ;-)

















































































